Depuis 2013

À propos de Noizless Madness

L’histoire d’un passionné de son qui voulait que chacun entende enfin bien.

Noizless Madness, c’est d’abord David Joppart, un passionné de son. C’est aussi une équipe de professionnels du son et de la transmission radio, de DJ et de gens de l’événementiel, qui équipent depuis 2013 des spectacles, des musées et des congrès en casques sans fil, du musée d’Orsay à l’ExCeL London. Pour comprendre d’où vient cette exigence, il faut remonter à une soirée de juillet 2011, à Grenoble.

La soirée qui a tout changé

David raconte :

« Pendant des années, en soirée avec mes amis DJ, le son a toujours été un problème. Assourdissant quand tu étais collé aux enceintes, presque inaudible dès que tu t’en éloignais, et une qualité misérable partout. Des enceintes en plastique mal conçues, un son criard qui fait saigner les tympans ou alors des basses qui bourrinent la cage thoracique. Résultat : soit on se taisait, soit on se tuait la voix à hurler dans les pavillons déjà ruinés des copains. Quand c’était l’heure de rentrer, c’était là que les oreilles passaient en mode acouphènes. C’était le prix à payer. Personne ne le remettait en question.

Puis, le 2 juillet 2011, à Grenoble, j’ai vu quelque chose qui a tout changé : 12 000 personnes équipées de casques dans un immense parc, trois ambiances musicales simultanées, et zéro nuisance sonore. Des milliers de gens immergés chacun dans sa propre bulle, et pourtant traversés par la même énergie collective. Ça m’a ramené à mes années walkman, à cette immersion totale dans la musique qui fait frissonner. À ce moment précis, j’ai su ce que j’allais construire. »

Deux ans plus tard, il fonde Noizless Madness.

Silence on danse, Grenoble, 2 juillet 2011. Crédit Photo @Renaud Guilhou

Haut comme trois pommes

« J’étais encore haut comme trois pommes, et déjà fasciné et façonné par mon papa », raconte David. « Mon père était technicien en électronique, et la maison est pleine d’appareils haute-fidélité, avec leurs énormes lampes et leurs gros boutons métalliques. »

À la fin des années 80, l’adolescent passe derrière les platines, puis derrière le micro des radios libres : Radio Contact, RFM, Chérie FM. À 19 ans, il travaille déjà en indépendant, parce que les radios n’embauchent pas. En 1991, il apprend la production audio dans le studio numérique de la Régie Média Belge. Depuis, il n’a jamais cessé de travailler le son.

David derrière les platines, fin des années 80.

Quand il découvre les casques sans fil, il ne pense pas qu’aux soirées. Il imagine déjà des concerts, du cinéma en plein air, des spectacles. À l’été 2012, il passe des jours à chercher un nom. À l’époque, tout le monde s’appelle « Silent quelque chose », et ça l’agace : « Je ne voulais pas de ce nom réducteur. » Il griffonne des esquisses de logo, avec des ondes sonores. Ce sera Noizless Madness, parce qu’il fallait quand même être un peu fou pour se lancer.

Tester, écouter, peaufiner

« Je voulais du son. » C’est sans doute la phrase qui le résume le mieux. Au début, David cherche des fabricants, compare les échantillons, croise les tests. Les premiers casques le déçoivent : « des basses brouillon, des aigus dans la cave, des distances de couverture plus limitées ». Il aurait pu s’en contenter. Il a continué à chercher. Ça ne s’est jamais arrêté. Aujourd’hui encore, il peut passer des heures sur un seul casque. Un soir de juin, passé dix heures, après le dîner, on le trouve encore en train d’essayer de nouveaux écouteurs. Quand une nouvelle technologie fait parler d’elle, il ne se fait pas un avis sur une fiche technique : il interroge son fabricant et des gens du métier. Il se déplace aussi pour faire écouter le matériel aux compagnies de théâtre qui veulent se rendre compte par elles-mêmes.
David au réglage des émetteurs, casque sur les oreilles.
Ça va avec une autre manie : ne jamais promettre plus que ce que le matériel tient. Quand il voit un concurrent annoncer 500 mètres de portée, ça l’agace franchement : « Jamais tu fais 500 mètres, même pas dans tes rêves ! » Chez Noizless, c’est 150 mètres garantis, jusqu’à 300 dans les meilleures conditions. Si les casques captent encore à 400 mètres, tant mieux, mais David ne fera jamais de fausses promesses juste pour vendre.

Construire depuis une page blanche

Des casques, c’est bien. Mais après ? « Transport, stockage, recharge, distribution, récupération, nettoyage, entretien… Comment ça se passe ? Je partais d’une page blanche. » Alors David invente tout. Même les flight cases sont dessinés sur mesure, avec un emplacement pour chaque casque, puis repensés au fil des événements. Il finance l’aventure tout seul, avec un seul petit emprunt depuis le début, et il en est fier. Il ne cache pas que ça n’a pas été simple : « J’en ai bavé pas mal de fois. » Des objectifs techniques élevés, des fabricants et des techniciens qui traînent, et il faut un mental d’acier pour ne pas lâcher le morceau. Ce qui l’a tenu ? « Mon anticonformisme, l’envie de sortir des sentiers battus, de développer de nouvelles idées. »
Plan technique du premier flight case Noizless Madness, daté de mai 2013 : vue de dessus avec un emplacement pour chaque casque, vue de face avec le logo sur le flanc, et vue en perspective sur roulettes.
Premier plan de flight case, mai 2013
Croquis d'évolution, mai 2015

Bernard Scyeur, l'aide invisible

Fin 2014, David cherche des solutions techniques performantes et fiables. Il rencontre Bernard Scyeur, « Monsieur HF », qui a tourné avec Maurice Béjart avant de fonder RF Transmission, et trouve enfin l’interlocuteur qu’il cherchait. Bernard est aujourd’hui disparu, et David lui garde une reconnaissance intacte :

« Il m’a transmis un savoir exceptionnel, une aide comme personne. Il m’accompagne dans toutes mes prestations, comme une aide invisible, une émotion de gratitude qui me pousse à agir avec un maximum de rigueur. »

RF Transmission est resté le partenaire technique de Noizless Madness. Spécialiste belge des radiofréquences depuis 1995, la société a travaillé sur des productions parmi les plus exigeantes, des concerts de Beyoncé et Jay-Z aux cérémonies des Jeux paralympiques d’Athènes.

Pas juste des écouteurs dans un bac en plastique

Beaucoup d’acteurs de la silent disco expédient leurs casques dans des bacs en plastique fermés par des colliers de serrage, et débrouillez-vous. David préfère accompagner : préparer l’événement avec l’organisateur, discuter avec l’ingénieur son du lieu bien avant le jour J, installer et vérifier sur place. Son idée du métier tient dans un clin d’œil, « la force de l’exp(EAR)ience » :que l’outil serve l’événement, quel qu’il soit, et que le public n’ait plus qu’à mettre le casque.

Autour de lui, des techniciens, des hôtesses qui distribuent les casques et répondent au public, et des DJ quand la soirée s’y prête. Souvent, il est là lui-même. Un week-end d’octobre, à Mouscron, l’événement se termine à minuit. Le temps de remballer, de charger et de refaire 120 kilomètres de petites routes, il rentre vers deux heures du matin.

Quand le lieu ou l’ampleur de l’événement compliquent les choses, il trouve la parade. À l’aquarium du Trocadéro, à Paris, l’eau et le béton armé des bassins bloquaient le signal : il a tiré de la fibre optique jusqu’aux zones récalcitrantes. Au congrès EAU, à l’ExCeL London, 13 canaux tournaient en même temps pour 2 500 congressistes.

Le son choisi, plutôt que subi

Concert de nuit au bord de la Meuse, à Namur, public assis équipé de casques sans fil lumineux, sans aucune enceinte
NAOW Festival, Namur : concert au casque au bord de la Meuse.

C’est le sujet qui tient le plus à cœur à David. « Depuis au moins 20 ans, on produit, presque avec application et méthode, les sourds d’aujourd’hui et de demain. » Les niveaux sonores des événements dépassent encore trop souvent les seuils de sécurité, et il a fini assez de soirées avec les oreilles qui sifflaient pour le savoir.

Un casque ne protège pas l’audition à lui seul : écouter trop fort, trop longtemps, abîme les oreilles, avec ou sans enceinte. Ce qui change, c’est que le volume n’est plus imposé. Devant une enceinte, on subit le niveau choisi par la régie. Avec un casque, chacun peut baisser le son, ou l’enlever quelques minutes pour souffler.

Autour, le calme revient. Les riverains ne sont pas dérangés, les salles voisines d’un musée restent tranquilles, et la faune d’un parc ne prend pas la fuite. « C’est un vrai plus dans le respect d’autrui et de la nature. »

Et maintenant ?

En ce moment, David suit de près Auracast, qui permet de diffuser en Bluetooth un même son vers un nombre illimité de casques. Ce serait enfin le passage au numérique, avec un son plus pur et plus dynamique. Il ne franchira pourtant le pas que si la latence le permet : pour un spectacle vivant, il ne tolère pas plus de 15 à 20 millisecondes de décalage, sinon le son ne colle plus aux lèvres du comédien. D’ici là, Noizless Madness reste en analogique.

Plus loin, il y a l’écoute binaurale, ce son en trois dimensions qu’il aimerait offrir un jour à « un spectacle un peu féérique, dans un cadre insolite, improbable ».

« Tant que le désir et la joie subsistent, je ne vais rien lâcher ! »

David

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